Jamais

...ou pas.

27 février 2008

Mein Goethe

Les gens, le plein de, le trop, le pas assez, c’est l’armée noire et fauve de la vie assiégée. On se croise parfois, cette mort lente aux trousses et on se feint le calme quand les yeux crient en douce. Le parfum du normal, du facile pour se taire ; laissons croire à l’ami que lui seul désespère.

Autour du café noir, on s’enrobe de soi mais les mots sont nos rides et plongent sans éclats. Iles sans tasses dans le précieux liquide, noyés de nos pudeurs, sucres de ces lits vides. La cuillère qui crisse sur les preux monticules…puis bientôt on se lève et la rue nous bouscule

Feu la conversation joue à l’accordéon, ce n’est plus que du vent bon à faire des ballons.

Le tourbillon d’enfer, les boulevards par allèles, jumellent nos blessures, les saupoudrent de sel.

Un frisson qui s’invite, et qui glace tout bas :« tu n’es donc que ces os sur  quoi plus rien ne va ». Le regard en vitrine pour traverser la foule, ne refléter qu’un « nous », le « je » roulé en boule.

A force de voûter le dos et l’existence, pour éviter les bombes, cultiver les carences ; on oublie l’heureux pli, le pays de l’avant, cet envers de pendule où le temps n’est qu’absent

Les couleurs sont passées, les douleurs en lacets et Aujourd’hui s’enivre aux souvenirs usés.

Ce n’est pas ce vallon où coule une rivière. Bien plutôt du béton, frais de pisse et de bière.

Au milieu de la ville se déploient les cabanes où nos souffles enrhumaient le gris vil du profane. On en tissait l’urbain de trajets trop obliques, là un mur asthmatique puis un capot sadique ; ces supports de l’envie qui nous laissait croulants, toboggans de la vie qui nous coulait dedans.

Je refais le trajet, le Trajan, le tragique de nos corps qui tanguaient aux rythmes syncopés*… Je me perds sur ta peau, je me fie au soleil, à l’ombre parfumée de tes monts, les merveilles.

Quand les gens, le plein de, le trop, le pas assez, si je ferme les yeux, c’est pour mieux t’embrasser, et revoir ce tableau à mes jours accroché, toi et moi, nos baisers, dans les portes, encadrés.

http://www.youtube.com/v/9cM_RqcS0eE&rel=1

Posté par moukadem à 16:26 - Commentaires [16] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

17 novembre 2007

A3

Au début de l’histoire, l’étendue paraît immense. On pense que les jours en paquets ne suffiront pas à couvrir l’espace de leurs ombres d’ancres. Le poids ne se fait pas encore sentir et dans un souffle, les immeubles vacillent sous la force des possibles.

Il faut dire que la meute joue son rôle à plein. Nos flancs sont couverts, la confiance est épaisse lorsque les pas se répondent dans la nuit des rues. Les limites sont celles que l’on se défie, l’ orgueil aux lèvres, sous les rampes de la jeunesse. Chasser la vie, pour oublier l’aube qui se résille et s’achève à l’horizon pâle.

Puisque le banal colle autant se l’absorber en litres et noyer le bruit des déglutitions, des trajets en fausses routes.

Nos soirées, comme des tours de pistes, un clown blanc et deux augustes qui cachent mal sous leurs flonflons, un petit air qui triste.

Les épaules sont des ponts que l’on se côte à côte. Pas de mots, des murmures mitoyens et le matin glauque en couverture trop étroite.

« A trois, on ne tombe pas ! » répond l’écho à nos haleines voilées.

Juste remplir la feuille que le temps nous dispute déjà. Y écrire nos errances, en caractères gras, pour combler tout ce blanc qui sature de choix. Tracer des avenirs, percer les nues et prendre des chemins de renverse… si on les trouve. On sillonne, laissant des marques vives pour après la fête, pour après l’ivresse; posant nos culs sur les ras-bords du monde, les jambes qui balancent dans le creux des heures. La course pour suite et le maintenant comme un tissu fait de nos rêves encore souples.

Sous l’éclairage public, se silhouettent nos cimes sur le bitume devenu intime.

Horizons artificiels, montagnes et pics de projets à gravir. Premier de cordée. Si tu tombes, on emboîte la chute en verticale pointillée.

On se gargarise de mots définitifs, d’art et de mort :

« Que le destin sans prises se tue à nous agripper ! »

Mais le rideau se lève sur les amitiés exilées. Points épars sur ma géographie, pays effacé sous des lettres capitales.  Et le décompte, un peu plus à rebours :

3,

2,

1,

Partez !!!

Posté par moukadem à 17:29 - Commentaires [8] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

06 octobre 2007

L’embrasure

Il est de ces matins en portes de frissons que l’on claque à la ronde derrière nos pas.

D’abord le sursaut, la nuque raidie au souffle du vacarme, le couloir trop blanc et son destin d’impasse que l’on sait déjà. En chemin, les verticales de nos cages à dorer et les angles remords des esquisses passées. L’issue n’est qu’un de ces autres murs, déguisé à nouveau pour attiser nos élans, juste pour voir, le rictus en écharpe.

C’est une travée dans mon décor d’étais, dans mon bancal. Plus de plans à échafauder, elle chamboule, des airs de saboteuses lui maquillent les traits. Trop longue, trop élancée, elle bat la mesure à mes tempes, obsolète ma brassée.

Hors de portée. Je joue faux sur des violons cassés.

Un prénom de tornade, l’alerte est donnée. Son rire coupe les retraites, désarme mes silences, parapets inutiles à l’agile beauté. Enrage compagne, je suis à découvert sous le feu de ses mieux.

Je me dévisse l’âme à toujours l’éviter.

Sur ses flancs mes hélas tiquent et juste un écriteau: "Pas de prise aux niais !"

Elle règne sur mon intime où s’avalent les heures, tristes cocktails de mes vers pilés. La nuit séquelle les jours, silhouette le doute dans un sommeil piégé. Boules de rage en papier de fierté, lente insomnie sur des tant pis épais.

En bordure de mots, en détours de phrases, il est de froids récifs qu’elle se monte en colliers.

Je m’y blesse au hasard, presque par surprise. Il me vient à l’idée d’aimer la détester.

On ne se rencontre pas à ces antipodes. A la croisée des demains, le manqué me corrode.

Posté par moukadem à 17:18 - Commentaires [6] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

27 juillet 2007

Dimanche

Le soleil déchire l’habitacle de lueurs pâles et striées. Segments filiformes, elles effleurent les paupières de l’enfant de leurs envergures gigantesques.

Allongé sur la banquette arrière, les yeux plissés de bonheur, sa tête s’emplit des kaléidoscopes que la clarté projette sur l’écran du demi-sommeil.

Le moteur, énorme de secousses, lui berce des rythmes à coller sur la vie.

De toute part, des reflets en rafales mouchètent les surfaces, hachurent les visages raidis de concentration routière.

Vitraux du quotidien, des paysages d’insectes écrasés - cadavres ridicules pour des décors de fientes - dessinent à l’encre épaisse des peintures de guerres sur les peaux grisées.

La vitesse n’en finit plus de faire siffler les platanes du bord de route.

Dans cette bulle transparente rehaussée de bois lustré, le parfum de cuir chaud emplit les poumons, chavire le cœur.

Tout se mêle dans un tourbillon vif et compact.

Les éclats de verres en pochoirs brûlent la peau, distillant des arômes bouillis dans le vide capitonné.

Le temps s’amasse et se replie tout entier dans ces courbes de tôle, point de couleur sur l’océan d’asphalte.

La vieille radio grésille une chanson morte, rongée d’accents éteints…et l’enfant enclenche le bonheur.

Dans un ordre improbable, lumières et sons s’agrègent dans son opéra de rien du tout, alambic de l’enfance dont l’âge efface jusqu’au goût.

A chaque virage, l’ombre verte des collines engloutit sous ses rondeurs obscures des richesses éphémères, pour les faire renaître neuves et autres à l’instant d’après dans un embrasement d’images en jachère.

Grisé, fou d’une joie dont il ne connaît rien, il saisit la manivelle et fait descendre péniblement le rideau translucide qui le sépare de ces toiles filantes.

L’air aigu claque à son visage et fait de ses cheveux une couronne blonde. Les yeux mi-clos,

rougis au vent, il sourit, emprisonnant au creux de ses mains des boules de vitesse

aux contours invisibles.

C’est une fin d’après-midi à l’horizon de brasier, un souvenir d’enfance, petite musique et photo usée…

…où pour toujours flotte dans l’air triste et léger, ce principe de réalité:

«remonte la vitre, tu vas t’enrhumer !»

Posté par moukadem à 23:01 - Commentaires [7] - Rétroliens [0] - Permalien [#]