Au début de l’histoire, l’étendue paraît immense. On pense que les jours en paquets ne suffiront pas à couvrir l’espace de leurs ombres d’ancres. Le poids ne se fait pas encore sentir et dans un souffle, les immeubles vacillent sous la force des possibles.

Il faut dire que la meute joue son rôle à plein. Nos flancs sont couverts, la confiance est épaisse lorsque les pas se répondent dans la nuit des rues. Les limites sont celles que l’on se défie, l’ orgueil aux lèvres, sous les rampes de la jeunesse. Chasser la vie, pour oublier l’aube qui se résille et s’achève à l’horizon pâle.

Puisque le banal colle autant se l’absorber en litres et noyer le bruit des déglutitions, des trajets en fausses routes.

Nos soirées, comme des tours de pistes, un clown blanc et deux augustes qui cachent mal sous leurs flonflons, un petit air qui triste.

Les épaules sont des ponts que l’on se côte à côte. Pas de mots, des murmures mitoyens et le matin glauque en couverture trop étroite.

« A trois, on ne tombe pas ! » répond l’écho à nos haleines voilées.

Juste remplir la feuille que le temps nous dispute déjà. Y écrire nos errances, en caractères gras, pour combler tout ce blanc qui sature de choix. Tracer des avenirs, percer les nues et prendre des chemins de renverse… si on les trouve. On sillonne, laissant des marques vives pour après la fête, pour après l’ivresse; posant nos culs sur les ras-bords du monde, les jambes qui balancent dans le creux des heures. La course pour suite et le maintenant comme un tissu fait de nos rêves encore souples.

Sous l’éclairage public, se silhouettent nos cimes sur le bitume devenu intime.

Horizons artificiels, montagnes et pics de projets à gravir. Premier de cordée. Si tu tombes, on emboîte la chute en verticale pointillée.

On se gargarise de mots définitifs, d’art et de mort :

« Que le destin sans prises se tue à nous agripper ! »

Mais le rideau se lève sur les amitiés exilées. Points épars sur ma géographie, pays effacé sous des lettres capitales.  Et le décompte, un peu plus à rebours :

3,

2,

1,

Partez !!!